« Il y a un lien entre consommation accrue d’aliments ultra-transformés et santé »


[ Entretien ] L’exposition réelle de la population à ces substances est encore mal connue. Explications avec Mathilde Touvier, directrice de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm-Université Sorbonne Paris Nord.


La Croix : Quelle place occupent les additifs dans l’alimentation des Français ?

Mathilde Touvier : Les additifs ont des propriétés très diverses : certains jouent sur le goût, la texture, la couleur, il peut aussi s’agir d’émulsifiants. Environ 330 sont autorisés au niveau européen. Aujourd’hui, grâce à la base de données d’Open Food Facts, qui répertorie plusieurs centaines de milliers d’aliments transformés présents sur le marché français, nous constatons que plus de 50 % des produits qui s’y trouvent contiennent des additifs alimentaires. Nous savons donc qu’ils sont largement répandus.

Que sait-on de leur impact sur la santé ?

M. T. : Globalement, nous avons démontré un lien entre une consommation accrue de produits ultra-transformés et un risque de cancer, de maladies cardio-vasculaires, de symptômes dépressifs et troubles digestifs. Cela dit, chaque additif est évalué par l’Efsa avant d’être autorisé sur le marché européen. Les études sur les conséquences de ces additifs sont prises en compte pour fixer des niveaux autorisés. La limite est qu’il y a rarement des données sur l’humain et qu’il est parfois difficile d’avoir une idée de l’exposition réelle à certains additifs ou mélange d’additifs. C’est pour cela que nous avons lancé, en 2020, un programme de recherche qui permettra de quantifier les apports en additifs, et comprendre ceux qui sont les plus consommés en France en étudiant l’alimentation précise d’un panel de personnes. Nous pourrons ainsi faire des liens entre l’exposition à certains additifs et le développement de pathologies. Car il ne faut pas voir les choses de façon manichéenne : tous ne sont pas dangereux.

Y a-t-il un travail d’éducation du consommateur à réaliser ?

M. T. : Santé Publique France recommande aux consommateurs de faire appel au principe de précaution. Tant que nous n’en savons pas plus sur la relation entre consommation d’additifs et santé, il est recommandé de limiter la consommation d’aliments ultra-transformés et de privilégier les produits faits maison. Il ne faut pas non plus que la question des additifs fasse oublier celle des aspects nutritionnels des produits. Il est prouvé par exemple que manger trop gras peut être dangereux pour la santé. C’est pour cela que nous avons créé le Nutri-Score. C’est un logo apposé sur les produits qui permet d’être informé en un clin d’œil de cette qualité nutritionnelle.

Et quelle responsabilité pour les fabricants industriels ?

M. T. : S’ils en ont la possibilité, il est préférable de proposer des aliments qui présentent les meilleures qualités nutritionnelles possible et de limiter les additifs. En particulier ceux qui sont dits « cosmétiques », qui ne présentent pas d’intérêt pour la santé humaine. Car certains autres additifs permettent d’éviter des risques microbiologiques chez le consommateur (développement de bactéries qui peuvent engendrer des pathologies, NDLR).

Source :

Camille Richir, La Croix – https://www.la-croix.com/Economie/Il-lien-entre-consommation-accrue-daliments-ultra-transformes-sante-2021-01-24-1201136677